Photographie numérique · 2023 · Bruxelles · 2 600 € · 150 x 100 cm
Photographie documentaire de Leo Sélian, photographe et vidéaste basé à Bruxelles, capturant l'essence de l'abandon urbain. L'image révèle deux fenêtres aux cadres dégradés — l'une verte, l'autre rouge — sur une façade envahie par le temps et la moisissure, explorant la poésie de la ruine et la mémoire architecturale.
Cette photographie capture l'instant où l'architecture devient palimpseste, où chaque couche de moisissure et de délabrement raconte une histoire d'oubli stratifié. Les deux fenêtres — véhicules traditionnels du regard et de l'échange — se figent ici dans le mutisme, leurs cadres chromés (vert et rouge) comme des cicatrices colorées sur le corps gris-beige de la ruine. Sélian révèle comment l'abandon n'est pas vide mais densément peuplé de temps accumulé, de micro-écosystèmes qui colonisent les interstices de l'oubli urbain.
La géométrie stricte des fenêtres rectangulaires s'oppose radicalement à l'organicité chaotique des taches de moisissure qui prolifèrent sans logique apparente. Cette friction plastique incarne la lutte entre l'intention humaine (la construction, le soin) et l'indifférence du temps. Le rouge du cadre inférieur jure contre l'harmonie chromatique globale, surgissant comme une protestation, un dernier cri de vie avant l'absorption totale dans la matité neutre qui prédomine.
En documentant cette façade mineure, sans monumental ni pittoresque affecté, Sélian pratique une archéologie du quotidien oublié. Les vitres sales deviennent surfaces de projection psychique, murailles contre lesquelles le regard bute, rendues opaques par l'accumulation des saisons. Cette œuvre affirme que la beauté réside dans l'authenticité de la dégradation, où chaque craquelure devient signature d'une intimité perdue — la plus vraie des autobiographies urbaines.
Fait partie de la série Murs mûrs.