Fragments urbains - Leo Sélian

Fragments urbains - Leo Sélian

Photographie numérique · 2024 · Bruxelles · 2 600 € · 150 x 100 cm

Leo Sélian, artiste photographe et vidéaste bruxellois, capture l'essence de la dégradation urbaine dans cette série documentaire. Cette photographie numérique révèle des carreaux de céramique délabré sur une façade, où la patine du temps révèle des couches de bleu et d'ocre. Le travail de Sélian privilégie l'archéologie visuelle des espaces urbains oubliés.

I. ARCHÉOLOGIE DE LA SURFACE, POÉTIQUE DE L'EFFACEMENT

Cette photographie de Leo Sélian opère une transmutation du banal en récit intemporel. Les carreaux de céramique, fragmentés et patinés, deviennent des palimpsestes urbains où chaque éraflure, chaque écaillement raconte une temporalité accumulée. L'œuvre refuse la nostalgie facile pour privilégier une documentation viscérale : ce n'est pas la ruine romantique mais l'autopsie minutieuse d'une mutation chromatique où le bleu et l'ocre dialoguent sous le voile gris du temps. Sélian capture ici le moment où l'architecture cesse d'être fonctionnelle pour devenir énigme visuelle.

II. LA STRATIFICATION COMME LANGAGE FORMEL

La composition révèle une compréhension profonde de la superposition temporelle. Les cadres rectangulaires, réguliers dans leur répétition, contrastent avec l'irrégularité des dégradations qui les traversent. Cette tension entre grille et chaos, ordre et décomposition, confère à l'image une dimension quasi-archéologique. Chaque carreau devient unité de mesure d'une disparition progressive, une cellule d'un organisme urbain en mutation lente. La ligne horizontale qui traverse l'ensemble accentue la sensation de lecture stratifiée, invitant à décoder les couches invisibles.

III. CHROMATOLOGIE URBAINE : DU GRIS AU BLEU TENDRE

La palette chromatique de Sélian privilégie les tonalités sourdes et les teintes délayées, transformant la dégradation en événement chromatique. Le bleu pâle, vestige de peinture originelle, pulse sous l'accumulation grise — un ciel autrefois peint que le temps a progressivement noyé. L'ocre terreux des encadrements évoque l'argile, le minéral, l'inévitable retour à la matière première. Cette harmonie désaccordée entre froid et chaud, entre le celeste et le terrestre, confère à l'œuvre une mélancolie subtile et un charme archéologique incontestable.

Fait partie de la série Murs mûrs.

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