Gundi Falk - Totem

Gundi Falk - Totem

Gravure sur bois · 2026 · Bruxelles, Belgique · 8 000 € · 192 x 192 cm

Œuvre de Gundi Falk, artiste multimédia bruxellois, présentant une grille répétitive de cœurs stylisés et symboles géométriques en noir sur fond ocre et rouge terracotta. Cette composition systématique conjugue rituels personnels et langage universel, caractéristique du style graphique et expressif de l'artiste. Gundi Falk - Totem Voir la série sur le site de l'artiste: http://www.gundifalk.com/variations-of-line-works/

I. GRAMMAIRE DU SACRÉ RÉPÉTÉ

Cette gravure sur bois déploie une liturgie visuelle où le cœur devient unité de base d'un langage graphique obsessionnel. Chaque cellule, encadrée dans sa forteresse géométrique, renferme une variation infime du même motif—symbolique et incantatoire à la fois. La répétition systématique évoque moins la production industrielle qu'une pratique méditative, un chapelet gravé où chaque coup de burin s'inscrit comme acte ritualistique. Gundi Falk transforme ici l'iconographie du cœur, figure autrefois sentimentale, en signe archaïque, presque tribal, restitué à sa puissance mystique.

II. MATÉRIALITÉ ET EMPREINTE DU TEMPS

La technique de la gravure sur bois impose une friction entre la main et la matière, entre l'intentionnel et l'aléatoire des veines du bois. Les noirs profonds résistent au format répétitif ; ils creusent plutôt qu'ils ne lissent. Cette rugosité perceptible, même en image, rappelle que chaque carré n'est pas reproduction numérique mais empreinte physique, marque persistante. La gestualité du corps de danseuse—ce corps habitué à la précision kinesthésique—transparaît dans la rigueur sans froideur de la composition. C'est un ordre du corps, non une abstraction sternum.

III. DIALECTIQUE ENTRE UNITÉ ET FRAGMENTATION

La grille crée une totalité fragmentée, où l'œil oscille entre percevoir l'ensemble et se perdre dans chaque détail. Aucun cœur n'est identique ; les variations—inversions, remplissages différentiels, mutilations délibérées—maintiennent une tension entre reconnaissabilité et altérité. C'est la danse figée : mouvement immobilisé dans sa propre répétition. Gundi Falk conjure ainsi le paradoxe de l'universel personnel—ses symboles privés deviennent totems collectifs précisément parce qu'ils refusent la facilité de la ressemblance.

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