"Je te vois"  Marian Guillemin - Prix Culture de Woluwe-Saint-Pierre en 2025

"Je te vois" Marian Guillemin - Prix Culture de Woluwe-Saint-Pierre en 2025

Photographie argentique, tirage noir et blanc, technique Photogramme · 2025 · Bruxelles, Belgique · 350 €

Œuvre de Marian Guillemin, plasticienne et photographe basé à Bruxelles, explorant le portrait through a pointillist photographic technique. Cette image en noir et blanc déconstruit les traits du visage en une myriade de points et textures, fusionnant la précision photographique avec l'abstraction picturale pour créer une méditation sur l'identité et la représentation. Didier Eribon, dans son essai “Retour à Reims” sur l’ascension sociale et l’identité, écrit : « On ne reformule donc pas ce qu’on est à partir de rien : on accomplit un travail lent et patient pour façonner son identité à partir de celle qui nous a été imposée par l’ordre social ». C’est le mouvement identitaire qui accompagne ce “travail lent et patient” qui m’intéresse, la transition des souvenirs, la mutation des repères. L’autoportrait comme ponctuation dans cette évolution. La narration devient expérience collective fondatrice autour d’un vécu intime et habituellement tu, comme, les sujets abordés dans mes travaux l’année dernière : la perte de repères d’un.e migrant.e qui a changé de pays, les fausses couches et la transformation du lien vis-à-vis de la maternité. L’ensemble de ce travail a été réuni sous le nom d’Essais Autobiographiques, dont quelques pièces je présente dans cet appel à candidatures. Ce travail a été primé par l’Echevinat de la Culture de Woluwe-Saint-Pierre en 2025. Site internet Marian Guillemin: https://marianguillemin.wixsite.com/portfolio/portfolio-collections/my-portfolio/autoportrait

I. DISSOLUTION POINTILLISTE DE L'IDENTITÉ

« Je te vois » opère une déconstruction radicale du visage en une constellation de points granulaires, transformant la photographie argentique en acte de fragmentation volontaire. Cette technique du photogramme, souvent associée à l'abstraction, devient ici un instrument de représentation de l'insaisissable—non pas l'absence du sujet, mais sa présence diffuse, pulvérisée. Guillemin refuse le portrait figé pour épouse la fluidité du devenir identitaire, là où chaque point devient trace d'une mutation interne. Le grain devient métaphore du travail lent et patient évoqué par Eribon : une reconstruction à partir de la dissolution.

II. MÉMOIRE FRAGMENTÉE ET NARRATION COLLECTIVE

L'œuvre s'inscrit dans une poétique des « Essais Autobiographiques » où l'intime devient fondatrice d'une expérience collective. Les traits du visage, dispersés en microgranules, refusent de former un portrait cohérent—reflétant précisément l'expérience du migrant dont les repères se délitent, ou celle de la perte de maternité où le lien se réinvente. Ce qui pourrait sembler effacement est en réalité une présence émiettée, une façon de dire que l'identité ne se reconstruit jamais intacte mais par accumulation consciente de fragments. L'autoportrait ici devient témoignage muet d'une transformation.

III. ASCÈSE CHROMATIQUE ET CLARTÉ RÉVÉLATRICE

Le noir et blanc radical élimine toute séduction visuelle pour concentrer l'attention sur la structure, le grain, la texture—sur le processus plutôt que sur le résultat figurable. Cette ascèse chromatique renforce l'impression de transparence paradoxale : le sujet devient visible précisément par son éclatement. Le fond clair ne contraste pas agressivement mais accompagne la dissolution, créant une harmonie éthérée où l'image semble se dématérialiser. Cette économie chromatique affirme que voir et comprendre une identité en mutation ne requiert pas la clarté définitoire, mais plutôt l'acceptation de sa nature énigmatique et dispersée.