Peinture acrylique sur toile ou papier · 2026 · Ath, Belgique · 50 cm x 50 cm
Les Aelyr vivaient dans un territoire appelé la Plaine des Fragments, un monde où la matière, le végétal et l’animal n’étaient pas séparés. Ils ne parlaient pas d’animaux ou de plantes, mais de formes en devenir. Le mythe fondateur des Aelyr... Le monde fut brisé en fragments de couleurs. Ces fragments prirent vie et devinrent les Silthae. Depuis, toute créature porte la mémoire du monde éclaté. Série de 25 petits tableaux encadrés en relief, façon caisse américaine. Ces silhouettes aux contours épais et aux teintes contrastées, reflétent un style pop-art ludique et contemporain.
Marie Hélène Sigart construit ici un bestiaire métaphysique où chaque créature incarne un fragment du chaos primordial. Ces vingt-cinq petites toiles fonctionnent comme des reliquaires d'une cosmogonie brisée : les Silthae ne sont pas des animaux au sens zoologique, mais des incarnations de formes hybrides, des théophanies colorées. Le contour noir épais, emprunté au pop-art et aux arts graphiques, fonctionne comme une cicatrice, une suture tendue entre les mondes. Cette série déploie une énergie synesthésique où la peinture devient invocation mythologique.
La tension créatrice de cette œuvre réside dans son refus de choisir entre légèreté formelle et profondeur narrative. Les teintes acidulées, les aplats de couleur saturée, la géométrie anguleuse des corps évoquent l'hédonisme Pop ; pourtant, le mythe fondateur impose une gravité eschatologique. Chaque petit cadre devient monolithe, sanctuaire miniature où se jouent des métamorphoses ontologiques. L'espace noir qui enserre l'ensemble intensifie cette ambiguïté : caverne sacrée ou galerie profane ?
Aucune harmonie n'unifie cette cosmographie : jaunes éclatants côtoient magentas profonds, turquoises glacées voisinent orange brûlé. Cette palette exubérante mime la fragmentation première du monde Aelyr, où l'ordre chromatique s'est volatilisé. Pourtant, une cohérence souterraine émerge : chaque teinte, par son énergie propre, participe à une totalité fragmentaire. Les créatures, fusionnales et ambigües, semblent se souvenir d'une unité disparue, que seul le ciel noir du cadrage peut circonscrite.