Gesso, ciment blanc et néoprène brûlé, puis peinture à l’huile sur bois · 2004 · Bruxelles · 110 x 90
Dans cette œuvre, le mythe du Phénix interroge la possibilité de se former à travers sa propre décomposition. Le feu marque un passage où une forme établie se défait et où une autre devient possible. Ce qui émerge conserve la mémoire de ce qui a disparu. Phénix Dalí met ainsi en jeu une identité qui se construit par transformations successives, sans jamais se fixer définitivement.
Cette œuvre de Muñoz incarne littéralement son propre titre : un visage émerge de strates de matière consumée, où le gesso, le ciment et le néoprène brûlé forment les couches archéologiques d'une identité en ruine. Le portrait de Dalí n'est pas peint mais excavé, révélé comme une figure fantomatique qui persiste à travers sa propre destruction. La surface travaillée par la chaleur et l'ablation crée une texture chaotique, quasi écorchée, où chaque trace de feu devient signature du refus de forme définitive. C'est moins une représentation qu'une scène d'émergence, où la décomposition chimique des matériaux rejoint philosophiquement la métamorphose du mythe phénix.
Le palette opère un contraste violent entre la masse englobante du noir pariétal et les incandescences crème-ivoire du visage-apparition. Les bleus et gris métalloïdes qui mordent les reliefs du portrait introduisent une dimension spectre, une aura de refroidissement post-combustion. Cette économie colorée crée une tension entre trois ordres : le noir du vide originel ou de la matrice informe, le blanc-beige de la révélation progressive, et les teintes froides comme cicatrices chromatiques. Aucune harmonie, mais un équilibre précaire entre ce qui consume et ce qui renaît, la chaleur peinte contredisant la froideur du matériau brûlé.
La technique hybride de Muñoz—superposition de matériaux hétérogènes, incinération sélective, peinture à l'huile finale—refuse la pureté médiatique pour imposer une stratigraphie temporelle. Chaque couche raconte un acte : l'application, la combustion, la récupération. Le travail du pinceau sur le chaos du brûlé crée un dialogue entre intention et accident, entre volonté formelle et transformation par la force brute. Cette tension productive entre maîtrise et lâcher-prise incarne précisément le propos dalien de Muñoz : une identité qui se construit non par accumulation stable, mais par cycles de destruction-régénération, où chaque renaissance porte la mémoire carbonisée de ses vies antérieures.
Odile, Between Fire and Memory CD
Hors des limites
Après le feu III
Après le feu II
Après le feu I
Reconfiguration métamorphique
Intervalle du devenir
Pensées ardentes
Dans l’attente solennelle de sa métamorphose III
Dans l’attente solennelle de sa métamorphose II
Dans l’attente solennelle de sa métamorphose I
Premier geste
Odile: Between Fire and Memory