Photographie · 2026 · Bruxelles · 500 €
𝗧𝗿𝗮𝗰𝗲𝘂𝘀𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝘀𝗶𝗹𝗹𝗼𝗻𝘀 - Série de portraits de femmes de Lara Herbinia, artiste multidisciplinaire basé à Bruxelles. L'image révèle un moment de contemplation intime, où le sujet tient un cigare avec une expression méditative, vêtu de tones terreux et ornementé de bijoux ethniques. La composition joue sur la profondeur de champ et le contraste entre la nature floue en arrière-plan et la précision du portrait en plan rapproché. Série de portraits de femmes de 60 ans et plus (des sexygénères) pour définir autrement la Sexytude : occuper l’espace-temps en étant soi, la séduction au creux des rides. Les traceuses de sillons nous montrent les chemins lumineux de l’espièglerie.
Cette photographie capture une femme mûre en pleine possession de son charisme, le cigare levé comme un sceptre de liberté plutôt que comme attribut de luxe. Le geste est délibéré, presque théâtral, transformant un instant ordinaire en déclaration d'autonomie. Les rides du visage deviennent des géographies du vécu, chaque sillon racontant une trajectoire de vie refusée aux clichés de jeunesse. L'artiste Lara Herbinia pose ici une question politique : la séduction ne réside-t-elle pas dans l'authenticité des traces, plutôt que dans l'illusion lisse ?
La palette terrestre — ocres, marrons, or — enveloppe le sujet comme une deuxième peau, peau de sagesse et de maturité. Cette dominante chaude contraste subtilement avec le flou vert de la végétation en arrière-plan, créant une tension entre le profond et l'éphémère. Les bijoux perlés et l'anneau doré qui parent les mains ne sont pas ornement superflu mais ancrage civilisationnel : ils inscrivent le corps dans une généalogie de beauté plurielle. Le bleu de l'œil apparaît comme une touche rare, joyau secret refusant la monochromie.
« Traceuses de sillons » invoque une mythologie féminine de création et de sillage : ces femmes ne cherchent pas à plaire selon des normes extérieures, mais à exister pleinement dans l'espace-temps qu'elles occupent. La profondeur de champ qui isole le visage du fond diffus renforce cette centralité existentielle. Le cigare fumant devient métaphore du temps qui s'écoule, du plaisir assumé, de la vie transformée en espièglerie douce. Herbinia photographie non pas la jeunesse éternelle mais la liberté qui survient quand on cesse de la chercher.