Photographie argentique · 2024 · Bruxelles, Belgique · 350 €
Photographie en noir et blanc de Sam Lomprez, photographe et curateur d'exposition basé à Bruxelles. Ces photographies ont été prises sur les rives du Tage ainsi qu'au pied des ruines des villages environnants, entre 2023 et 2024, dans le district de Portalegre, au Portugal. Autour des berges, également appelées Mar de palha – mer de paille, en raison de ses reflets « quand le soleil couchant faisait scintiller de jaune cette vaste étendue d'eau », traversant les deux capitales de la péninsule Ibérique. Une vallée privilégiée servant de refuge à environ une centaine d'espèces d'oiseaux considérées comme menacées. La série complète sur le site de l'artiste: https://lomprezsam.com/Fable-of-soil
Cette photographie en noir et blanc capture une tension souveraine entre l'abandon et la présence : trois moutons fouillent la terre comme des archéologues involontaires, leurs silhouettes massives creusant dans un sol d'oubli. Lomprez refuse le pittoresque pastoral pour saisir l'animal comme archéologue des ruines — le Tage, ce fleuve-frontière entre les deux capitales ibériques, devient fond muet, témoin silencieux d'une recherche terrestre. L'argentique renforce cette sensation de temps gelé, de présent qui hésite entre le documentaire et la fable.
Les rives du Tage, surnommées « Mar de palha » pour leurs scintillements dorés, se transforment ici en théâtre de l'érosion et de la subsistance. Lomprez photographie non pas le refuge des cent espèces d'oiseaux menacées, mais l'inscription corporelle des mammifères sur ce sol fragile — chaque grattement devient geste de survie dans une vallée-refuge devenue zone de transit. La série « Fable of Soil » affirme que la terre parle à travers les corps qui la labourent, que l'absence de couleur révèle la vérité crue de l'habitation.
En abandonnant la teinte dorée du coucher sur la paille, Lomprez établit un langage austère : le noir et blanc ne sublime pas, il expose. Les textures de peau porcine, les aspérités du sol, la densité massive des corps deviennent preuves d'une présence inconfortable, incompatible avec l'imagerie touristique ou naturaliste lissée. C'est une photographie qui refuse l'esthétique consolatrice du paysage pour revendiquer une vulnérabilité partagée entre l'animal, le sol et le regard du photographe.