Huile sur toile de jute · 1998 · Bruxelles · 2 250 € · 100x90
Encadrement américain. Avec certificat d'authenticité.
Annie Fontaine peint ici l'instant où la pensée se dérobe, où le langage écrit ce petit carnet jaune devient impuissant face à l'effroi. Le visage central, traversé de lignes anguleuses en zigzag, n'est pas une beauté expressionniste mais une géométrie de la sidération : chaque trait cassé répond à une rupture intérieure. Autour, deux figures spectrales aux visages fantomatiques encadrent cette stupéfaction, comme des témoins figés dans leur propre mutisme. La frontalité de la composition et le halo de peinture épaisse confèrent une densité presque sculptée à ce moment d'immobilité.
Le petit livre rouge et la feuille jaune couverte d'écritures microscopiques deviennent des objets énigmatiques documentation du réel ou symptômes d'une saturation cognitive ? Fontaine les place au cœur du tableau non comme clarifications mais comme énigmes matérielles. Le texte visible sur le papier jaune reste illisible volontairement, renforçant le paradoxe : la parole écrite est là, présente, mais elle ne dissout pas l'inquiétude. C'est l'inverse du langage transparent c'est un langage qui épaissit le mystère.
Fontaine puise effectivement dans le quotidien bruxellois, mais elle le transfigure en tableau psychique. Les vêtements ordinaires (chemise verte, pull rouge) deviennent des architectures de présence absence. Le fond noir velouté, traversé de stries brunes et de rectangles ombragés, crée une profondeur qui écrase et qui isole : chaque figure demeure seule malgré la proximité. L'année 1998 situe cette œuvre à la croisée d'une modernité figée et d'une angoisse intemporelle, typique de son approche où le geste quotidien bascule soudain dans l'irrationnel.