Treillis et Décadence - Leo Sélian

Treillis et Décadence - Leo Sélian

Photographie numérique · 2026 · Bruxelles

Leo Sélian, photographe et vidéaste basé à Bruxelles, capture une étude texturelle brute d'une façade urbaine dégradée. Cette photographie révèle l'entrelacs de lierre desséché sur une structure métallique rouillée, mêlant délabrement architectural et cycles naturels. L'œuvre documente l'esthétique de l'abandon avec une précision technique et une sensibilité poétique caractéristiques de l'approche multidisciplinaire de l'artiste.

I. ARCHÉOLOGIE DE L'OUBLI URBAIN

Sélian photographie ici non pas un objet, mais une stratigraphie : couches de rouille, squelettes végétaux momifiés, lattis de fer réduit à ses nervures géométriques. Le treillis métallique devient grille de lecture archéologique où le temps s'inscrit en épaisseur. Cette façade n'est pas ruine pittoresque mais document du délabrement ordinaire, où le lierre desséché persiste comme trace d'une vie végétale irrémédiblement figée. L'artiste refuse la nostalgie pour offrir une clinique froide du temps qui ronge.

II. ENTRELACS COMME PARTITION TEXTURELLE

La structure croisée du treillis dialogue avec l'anarchie des vrilles mortes dans une tension entre l'ordre anthropique et le chaos organique. Sélian exploit cette conjonction pour générer une abstraction involontaire : où finit la structure, où commence le végétal ? Cette ambiguïté formelle sublime le détail photographique en partition visuelle, transformant l'abandon en langage plastique autonome. Chaque fibrille devient ligne, chaque intersection devient nœud signifiant.

III. POÉTIQUE DE L'INACTION

L'œuvre habite cet entre-deux où la dégradation n'est plus processus mais état : lierre ne croît plus, rouille ne progresse qu'imperceptiblement. Sélian capture l'immobilité du déclin, l'instant où le détérioration devient surface stable. C'est une poésie de l'arrêt, où la mort végétale et l'érosion minérale se figent dans l'éternité photographique. La sensibilité symbolique de l'artiste transfigure le banal urbain en memento mori contemplatif.

Fait partie de la série Murs mûrs.

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