En noir et blanc, Marie Hélène Signart se photographie elle-même en miroir, appareil photo en mains, son reflet fragmenté dans des surfaces réfléchissantes qui multiplient son image et son geste créatif. Sélectionnée et publiée dans le magazine "Chasseurs d'images" n° 382 d'avril 2016 Rubrique "Selfies de photographes"
Cette photographie capture un geste fondamental : celui de se voir soi-même en train de voir. Par le jeu des miroirs et des surfaces réfléchissantes, l'image multiplie le corps du photographe et son appareil, créant une composition labyrinthique où le sujet et l'instrument se confondent dans une quête d'auto-documentation.
Le moment est suspendu dans une tension réflexive : le photographe se regarde se photographier, l'appareil masquant partiellement le visage, les mains fermement agrippées à la caméra en position de prise de vue. Cette fragmentation du corps — visible dans plusieurs plans de profondeur — crée un effet de démultiplication du geste, comme si l'acte même de photographier était en train de s'observer lui-même. L'énergie n'est pas celle du mouvement, mais plutôt celle de la concentration, de la conscience aiguë de l'instant qu'on saisit.
Le cadrage exploite les reflets croisés pour créer une composition en strates : le visage en profil à gauche, l'appareil frontal au centre, les reflets brouillés en arrière-plan suggèrent d'autres surfaces, d'autres corps. Le noir et blanc renforce cette construction en damier où les contrastes de lumière deviennent les lignes structurantes de l'image. La profondeur de champ très réduite isole l'appareil photo au premier plan, tandis que les reflets périphériques, légèrement dépliés, guident le regard dans une traversée complexe de l'espace fragmenté. Les cadres visibles au sein de l'image — les bordures des miroirs — créent des emboîtements qui redoublent le geste du photographe : encadrer dans l'encadrement.
Cette photographie documente l'intimité technique du processus créatif : elle montre le photographe non pas devant un sujet externe, mais face à sa propre pratique, ses propres outils. Le dispositif des miroirs transforme l'espace de l'atelier en chambre de résonance où se joue une forme d'introspection méthodique. En capturant ce moment d'auto-observation, l'image devient témoignage d'une réflexion incarnée sur la vision et la médiation technologique — ce qu'il y a entre l'œil et le monde.