Essai
Sam Lomprez, photographe et commissaire d'exposition basé à Bruxelles, nous livre un texte de réflexion poétique et théorique sur sa pratique. Entre les rives du Tage portugais et les espaces urbains bruxellois, elle explore l'invisible lien charnel unissant le territoire, le corps et la matière. De son projet emblématique Fable of Soil à ses collaborations avec des performeurs comme Laleshka et Haolin Huang, Lomprez démonestre comment la photographie devient un acte de dialogue vivant, capable de révéler la persistance et la fragilité d'un monde en tension écologique. Un essai qui interroge notre rapport contemporain à la nature et à l'espace urbain.
Récit d'artiste : Capturer l'éphémère entre terre et corps — Par Sam Lomprez
En tant que photographe et commissaire d'exposition basé à Bruxelles, mon travail s'articule autour d'une obsession constante : celle du lien, parfois invisible mais toujours charnel, entre le territoire, le corps et la matière. Pour moi, la photographie n'est pas un simple outil d'enregistrement passif. C’est un espace de rencontre, une tentative de dialogue entre la permanence du paysage et la fragilité du vivant.
À travers mes récents projets, notamment Fable of Soil et mes collaborations avec des performeurs, je cherche à explorer ces zones de friction où la nature, l'urbanité et l'identité humaine se confondent.
Fable of Soil : À la lisière du Tage et de la mémoire https://lomprezsam.com/Fable-of-soil
Mon projet en cours, Fable of Soil, trouve sa genèse dans le district de Portalegre, au Portugal. Entre 2023 et 2024, j'ai arpenté les rives du Tage, là où le fleuve s'élargit pour former la Mar de palha (la mer de paille). Ce lieu tire son nom des reflets dorés que le soleil couchant projette sur l'eau, une vaste étendue qui relie symboliquement les deux capitales de la péninsule Ibérique.
Dans ces paysages, sous les hauteurs des ruines des villages environnants, j'ai cherché à capter une présence spectrale. Ce vallon privilégié, qui sert aujourd'hui de refuge à une centaine d'espèces d'oiseaux menacées, est un espace de tension écologique. Mes images ne cherchent pas à documenter le paysage de manière scientifique, mais plutôt à restituer l'atmosphère d'une terre suspendue entre déclin et résistance sauvage. C'est une fable visuelle sur la persistance du sol face aux transformations anthropiques.
Le corps comme prolongement de la terre : La performance de Laleshka
https://lomprezsam.com/Laleshka
Mon approche de la photographie documentaire s'enrichit profondément au contact des arts vivants. Lors de ma collaboration avec l'artiste Laleshka, mon rôle a été de traduire en images fixes l'énergie d'une performance explorant notre relation intrinsèque à la terre.
Sous mon objectif, le corps de Laleshka s'est transformé en un prolongement direct du sol. Le mouvement met en relief les cassures et les lignes du corps — les veines des avant-bras, les creux du torse — comme autant de failles géologiques. En investissant les surfaces artificielles et bétonnées de la ville, Laleshka tente de révéler une « nouvelle terre », nous invitant à repenser notre rapport à une nature altérée, une sorte de Pachamama transgénique. Mon rôle a été de figer ces instants de transition où la peau devient roche, et où le béton retrouve sa nature minérale originelle.
De la gravité à la légèreté : Float Float, Fall Fall avec Haolin Huang https://lomprezsam.com/Haolin
Cette recherche sur la physicalité s'est poursuivie à travers mon travail de prise de vue (photo et film) pour l'artiste Haolin Huang (@elpis2037) autour de son œuvre 缥缈 / Float Float, Fall Fall.
Le point de départ est un souvenir fébrile : courir sur une boule géante à travers un tunnel étroit, avec la sensation d'écraser tout sur son passage. Pour Haolin Huang, ce ballon géant matérialisait l'ego, destructeur et lourd. Dans l'espace éphémère que nous avons documenté, cette lourdeur s'est métamorphosée. Devant mon objectif, la gravité a laissé place à l'apesanteur. Le solide a fusionné avec l'instable au sein d'une structure gonflable. Ce qui autrefois écrasait s'est mis à flotter. Capturer cette transition entre l'oppression de la masse et la légèreté de l'air constitue le cœur de notre recherche visuelle commune.
Une démarche globale entre Bruxelles et le monde
La photographie de performance et l'exploration des paysages me permettent de décloisonner les disciplines. Mon rôle de commissaire d'exposition à Bruxelles nourrit cette pratique : il s'agit toujours de créer des ponts, de donner à voir l'invisible et de questionner notre place dans l'écosystème contemporain. Que ce soit à travers les paysages du Portugal ou dans les espaces confinés d'une performance urbaine, mon but reste le même : révéler la poésie brute et fragile de notre monde.
Pour suivre mon travail, découvrir mes projets curatoriaux et explorer mes galeries photographiques, vous pouvez consulter les plateformes suivantes :
Découvrir mon profil de photographe et commissaire à Bruxelles : https://dropmuse.art/artiste/sam-lomprez-photographe-commissaire-bruxelles
Visiter mon site officiel : https://lomprezsam.com/
Suivre mes recherches visuelles au quotidien sur Instagram : https://www.instagram.com/sanzarou/
Sam Lomprez écrit son propre manifeste : un texte d'artiste qui refuse la photographie documentaire plate pour en faire un acte de présence, une tentative de dialogue entre le visible et l'invisible. Entre les rives du Tage et les corps des performeurs, elle trace une poétique du fragile, où la terre parle, où le béton retrouve sa minéralité, où l'ego s'envole. Un essai incarné sur ce qui persiste quand on regarde vraiment.
L'écriture de Lomprez cultive un ton hybride, entre manifeste d'artiste et méditation théorique : elle alterne les déclarations d'intention (« mon travail s'articule autour d'une obsession constante ») et les images poétiques (« la peau devient roche »). Les phrases se structurent souvent en balancier, mettant en tension deux états — permanence/fragilité, gravité/légèreté, béton/nature — ce qui crée un rythme dialectique. Le vocabulaire mêle le lyrique au technique (« failles géologiques », « apesanteur »), refusant la séparation entre discours critique et sensorialité. Cette syntaxe oscillante, jamais linéaire, mime le mouvement même qu'elle décrit : celui du corps qui se métamorphose, du regard qui capture l'éphémère.
L'essai déploie une mythologie personnelle où la terre devient une entité vivante, respirante, capable de mémoire et de résistance. La Mar de palha portugaise n'est pas un simple paysage mais une « présence spectrale », un endroit suspendu entre mort et survie. Cette hantologie traverse tous les projets : chez Laleshka, le corps humain se fait géologie ; chez Haolin Huang, la lourdeur menaçante se transforme en légèreté. Le texte construit ainsi une cosmologie où rien n'est fixe, où tout est passage et métamorphose. La photographie n'y sert pas à arrêter le temps mais à capturer ce qui bascule, ce moment précis où une chose devient une autre — une fable visuelle plutôt qu'un rapport.
Ce texte résonne comme une déclaration d'allégeance poétique : Lomprez ne présente pas des projets clos mais une recherche continue, une obsession partagée avec d'autres artistes. Son rôle de commissaire n'est pas séparé de sa pratique photographique — il en est une extension, un moyen de « créer des ponts » et de « décloisonner les disciplines ». L'essai inscrit son auteure dans une géographie mouvante (Portugal, Bruxelles, territoires performatifs) tout en affirmant que son but demeure identique : rendre visible l'invisible, restituer la poésie du fragile. Cette cohérence de pensée, malgré la diversité des collaborations, donne au texte sa force — c'est moins un CV qu'une profession de foi sur ce que doit être l'art aujourd'hui.
Sam Lomprez, photographe et commissaire bruxellois, livre un manifeste sur sa pratique artistique : explorer les zones de friction entre paysage, performance et identité humaine. À travers des projets comme Fable of Soil au Portugal et ses collaborations avec performeurs, il révèle comment la photographie devient un espace de dialogue entre la permanence du territoire et la fragilité du vivant.