Poème
Jérôme Selosse nous convie dans son atelier bruxellois pour une déclaration d'intention radicale : peindre n'est pas ornémenter, c'est creuser, déchirer, laisser jaillir. Ce poème rejette l'esthétique lisse au profit d'une poétique de l'incarnation, où le corps de la toile devient chair vivante et où chaque geste précède la réflexion. Entre l'austérité urbaine de Bruxelles et la férocité intérieure de l'acte créateur, Selosse célèbre une art authentique, non pas celui qui plaît mais celui qui respire, qui pulse, qui persiste longtemps après que l'artiste ait disparu.
Atelier
Je ne peins pas. Je creuse.
La toile est un corps, je l'ouvre du poignet,
le rouge entre par la plaie, le vert le suit
comme une sève qui ne demande rien.
Ici rien n'est joli. Tout est vivant.
La matière transpire, le geste précède la pensée,
et la main — bête honnête — sait avant moi
où la chair veut aller.
Bruxelles dehors, pluie grise, briques lasses.
Dedans : le sang, la danse, le cri qui tient debout.
Je laisse la couleur dire ce que la bouche tait,
et le mouvement reste là, accroché,
respirant encore après que je sois parti.
Manifeste poétique d'un créateur qui refuse la surface pour explorer les profondeurs de la matière. Entre Bruxelles grise et l'atelier vibrant, un hymne à la gestuelle brute, où la couleur parle plus fort que les mots et où la main précède la conscience.
création viscérale · matière vivante · geste créateur · incarnation artistique · urgence poétique