Essai

Le Cri et l'Ouverture du silence

Jérôme Selosse, artiste bruxellois, livre ici un carnet poétique et réflexif sur sa participation à la collective SILENCE(S) de la Galerie Vertige. Loin de concevoir le silence comme absence, il le révèle chargé, tendu, prêt à basculer. Ses deux œuvres — Le Cri et Ouverture — incarnent ce dialogue entre la rupture et la délivrance, la contention et le lâcher-prise. Ce texte dépasse le simple commentaire d'exposition : c'est une déclaration sur l'art comme sismographe de l'âme, où la peinture doit saisir avant d'expliquer, émouvoir au ventre plutôt qu'à l'oreille. Une voix singulière, humaniste et viscérale.

« Le Cri » et « Ouverture » : mon souffle à SILENCE(S)


Carnet de Jérôme Selosse — Galerie Vertige, Anderlecht, juin 2026


Quand la Galerie Vertige a posé le mot SILENCE(S) sur sa grande collective 2026, je n'ai pas cherché longtemps. Je peins le corps, le mouvement, l'émotion brute — et le silence, pour moi, n'est jamais vide. Il est tendu, chargé, prêt à rompre. C'est exactement là que vivent mes deux pièces : Le Cri et Ouverture.


Le Cri — le silence qui se déchire


Le Cri, c'est l'instant où ça ne tient plus. La bouche s'ouvre, le rouge et le violet montent, le bleu fend la matière comme une fêlure. Je l'ai travaillé au geste, nerveux, sans repentir : le fusain qui griffe, la couleur jetée, le visage qui se défait. Ce n'est pas un cri qu'on entend, c'est un cri qu'on retient — le silence de plomb, celui qui pèse sur la poitrine avant d'éclater. J'aime que le spectateur le reçoive au ventre, pas à l'oreille.


Ouverture — le souffle qui revient


Juste à côté, Ouverture répond. Le visage se renverse, la gorge s'offre, le vert et le jaune traversent la toile comme une respiration enfin reprise. C'est l'autre versant du silence : celui d'or, l'apaisement, la parenthèse. Après le cri, le souffle. J'ai voulu que les deux pièces dialoguent côte à côte — la rupture et la délivrance, la tension et le lâcher-prise. Tout mon travail tient dans cet écart.


Ce que j'ai ressenti au vernissage


Voir mes portraits accrochés dans ce lieu m'a touché plus que je ne l'attendais. La Galerie Vertige n'est pas une galerie comme les autres : c'est un espace de rencontre entre l'art et la psychiatrie, sans barrière, où l'humain passe avant le marché. Pour deux œuvres qui parlent du cri retenu et du souffle retrouvé, je ne pouvais rêver écrin plus juste.


Pendant la soirée, j'ai regardé les gens s'arrêter — vraiment s'arrêter — devant Le Cri et Ouverture. C'est ça que je cherche : que la peinture saisisse avant de s'expliquer. Mon expressionnisme est sismographique ; il enregistre la vibration intérieure plutôt qu'il ne la décrit. À SILENCE(S), au milieu des 54 autres artistes, j'ai senti que ce langage-là trouvait sa place.


Voir les œuvres


Le Cri et Ouverture sont visibles à la Galerie Vertige (60, rue de Veeweyde, 1070 Bruxelles — Anderlecht) jusqu'au 8 juillet 2026, du lundi au vendredi. Et toujours à l'atelier, au 22 avenue Armand Huysmans à Ixelles, sur rendez-vous.


Jérôme Selosse — SELOSSE ART · Art • Mouvement • Émotion • Technologie

Résumé éditorial

Jérôme Selosse explore deux toiles dialoguant dans la collective SILENCE(S) de la Galerie Vertige : Le Cri, rupture silencieuse qui se déchire, et Ouverture, souffle apaisé qui répond. Un manifeste pictural où l'expressionnisme saisit la vibration intérieure avant toute explication.

silence · expressionnisme · cri retenu · mouvement émotionnel · peinture du corps