Essai
Boris Mestchersky, artiste basé à Huy en Belgique, expose sa philosophie créatrice dans ce texte d'une grande densité lyrique. Loin d'être une simple déclaration d'intentions, c'est une méditation sur le processus de création où chaque couleur, chaque superposition devient geste musical. Le peintre invite le spectateur à un voyage initiatique : traverser d'abord l'apparente confusion pour saisir progressivement l'architecture cachée de l'œuvre. Une approche résolument contemplative et spirituelle, inspirée par la transcendance des vitraux, où composition et intuition se rencontrent.
« C'est par la couleur que l'on pénètre dans l'univers de mes tableaux.
C'est en observant les vitraux que sont venus cette soif de lumière, cette certitude, cette foi et l'insatiable désir de me jeter dans la bataille corps et âme.
La première impression semble être proche du chaos, comme psychédélique, mais plus le regard s'attarde sur l'œuvre, plus s'organise la reconstruction.
L'œil semble chercher l'ossature, le squelette, la structure de l'œuvre. La composition s'installe au gré des rythmes que débusque le regard comme une brume qui disparaît. Cela nous amène à concevoir le côté poétique de l'inspiration. Les thèmes, les titres nous invitent à explorer, à structurer l'œuvre, pour ne saisir parfois qu'un fragment, comme un mirage qu'on croit toucher, mais qui s'éloigne dans les vibrations.
Les couleurs joyeusement dansent dans la clairière des juxtapositions, des transparences et des superpositions. Tantôt froides, tantôt chaudes elles s'harmonisent pour former un tout, ce qui donne une individualité propre à chaque tableau.
J'aurais aimé être compositeur de musique. Au travers de mes tableaux, je compose par la couleur et la lumière.
Rendre concret ce qui ne l'est pas, donner vie à ce qui nous échappe. L'intériorité de l'âme nous est propre. »
— Boris Mestchersky
Boris Mestchersky livre ici un manifeste d'atelier, une confession sur le seuil de son œuvre peinte. Entre méditation sur la lumière et poétique du chaos, ce texte trace les coordonnées intimes d'une pensée plastique qui refuse la clarté immédiate pour privilégier l'errance du regard. C'est moins une théorie qu'une philosophie incarnée : celle d'un peintre qui compose à la couleur comme d'autres à la portée musicale.
L'écriture de Mestchersky procède par énoncés affectifs plutôt que discursifs : « C'est par la couleur que l'on pénètre » pose une certitude liminaire, tandis que la phrase longue se laisse porter par le flux de la pensée. La syntaxe épouse le mouvement du regard face à la toile — hésitante, bifurquante, jamais linéaire. Le lexique mêle l'abstrait (« intériorité de l'âme ») au physique immédiat (« corps et âme », « squelette »), créant une tension entre le tangible et l'ineffable. Les énumérations (« froides, tantôt chaudes ») et les parallélismes (« Rendre concret ce qui ne l'est pas ») donnent au texte une musicalité proche du poème en prose, presque une partition écrite.
Le texte construit une cosmologie du tableau où le chaos n'est pas erreur mais premier moment nécessaire. L'influence des vitraux — translucidité, fragmentation colorée, sacralité de la lumière — devient ici quête spirituelle travaillée par la peinture. Le regard du spectateur devient acteur : en s'attardant, il organise ce qui semblait psychédélique, il « débusque » une structure comme on extrait l'or de la gangue. L'image récurrente du mirage qui s'éloigne traduit l'inatteignabilité poétique : non pas frustration, mais essence même du désir créateur. Mestchersky y énonce son rivalité secrète avec la musique — il peint ce qu'il aurait composé, la couleur remplaçant la note.
Ce texte réside à la croisée du testament et de l'invitation : Mestchersky ne décrit pas sa peinture, il en confesse les conditions de possibilité. Là gît sa force — il énonce une pédagogie du regard qui ne se veut pas didactique mais poétique, presque mystique. L'héritage maternel (sa mère peintre) affleure indirectement ; la mention de l'Espagne et de l'enfance disent une formation par l'errance. En filigrane, c'est une défense de l'abstraction expressive face au figuratif : rendre « concret ce qui ne l'est pas » devient maxime d'une modernité plastique qui cherche à figurer l'âme plus que le monde. Pour DROPMUSE, ce manifeste dessine les contours d'une pratique qui reste vivante, incarnée, jamais théorique.
https://dropmuse.art/artiste/boris-mestchersky-peintre-plasticien-huy
Boris Mestchersky livre un manifeste poétique sur sa démarche picturale, où la couleur devient langage et la lumière, musique. Entre apparente psychédélie et architecture invisible, l'artiste explore la tension entre le chaos initial et l'ordre que le regard reconstruit progressivement.
couleur · lumière · composition · vitraux · poésie picturale