Acrylique / Matériaux mixtes sur toile · 2026 · Bruxelles · 1 200 € · 90 x 65
Ombre devenue sujet sur un sol sabloneux. Travail de mise en relief de ce sable, cailloux et pavés avec matériaux diversifiés dont gesso et peinture acrylique. Déplacement du réel par l'imaginaire, remise en question de notre perception du quotidien : l'ombre projetée sur ce sol semi-naturel brûlé par un soleil d'été prend l'apparence d'un nid de serpent. Certaines de ces ombres sont travaillées avec un noir opaque, comme pour questionner leur matérialité.
Van Keulen capture ici un moment de transmutation où l'éphémère devient permanent, où l'immatériel prend chair. Les silhouettes noires des plantes projetées sur le sol sablonneux évoquent irrésistiblement la chevelure serpentine de Médusa — non pas comme monstre figé, mais comme présence vivante, respirante, enracinée dans la terre brûlée. L'artiste refuse la dichotomie simple ombre/réalité en travaillant le noir opaque, donnant une épaisseur ontologique à ce qui devrait disparaître avec la lumière. C'est une inversion poétique : l'ombre n'est plus l'absence, mais une existence à part entière.
La texture composite — gesso, acrylique, agrégats de cailloux et pavés — transforme la surface en archéologie urbaine. Chaque relief raconte une géologie du quotidien, celle des sols abandonnés où la nature reprend ses droits. L'application variée des matériaux crée une stratification qui mime les couches géologiques, tandis que le sable désaturé évoque un climat méditerranéen hostile. Van Keulen ne peint pas l'ombre : il la sculpture, la matérialise, forçant le spectateur à confronter l'étrange présence d'une absence.
Héritage du théâtre qui nourrit la pratique de Van Keulen, cette œuvre met en scène le banal comme spectaculaire. L'ombre devient protagoniste, le sol devient scène, la lumière devient dramaturgie. En questionnant ce que nous voyons vraiment — les formes que nos yeux recomposent à partir de projections — l'artiste déstabilise notre certitude perceptive. Cette Médusa n'est pas effrayante ; elle est curieusement vulnérable, plantée dans un terreau qui pourrait être celui de nos villes usées, rappelant que le mythologique sommeille dans l'ordinaire.