Photographie · 2026 · Bruxelles · 350 €
Exploration photographique et surréaliste. Déplacement du réel vers un moment suspendu, où l’objet le plus simple devient sujet d’une mise en scène ; questionnement du vrai et du faux, de notre perception du réel et des définitions données aux choses. L’inanimé devient vivant, ce qui n’est pas devient ce qui est. Instant de basse-cour réimaginé comme un enfant, reproduisant une impression de la vie dans une ferme.
Van Keulen capture ici un moment de basculement ontologique : un jouet plastique devient la présence absolue, plus vivant que le décor organique qui l'entoure. Cette petite canard jaune-orangé, posée sur la terre battue d'une forêt, incarne le glissement entre l'objet inerte et la conscience naïve qui lui confère son âme. L'enchantement enfantin réside dans cette capacité à voir l'être où règne l'inanité. Le photographe suspend le réel en le juxtaposant à l'artificiel, révélant que la perception elle-même est l'unique réalité vivante.
Le flou systématique de l'arrière-plan crée un isolement dramatique de la figurine, qui monopolise l'espace lumineux. Van Keulen utilise la mise au point sélective comme geste de désignation : ce canard est ici, maintenant, détaché de la contingence du monde. Les brindilles au premier plan deviennent des barreaux métaphoriques d'une cage d'attention. La profondeur effacée transforme le cadre en théâtre intime où l'objet kitsch accède à une dignité quasi sacrée, confronté à l'authenticité brute de la matière forestière.
Cette photographie interroge le paradoxe fondamental de la représentation : le faux (le canard de plastique) devient plus vrai, plus présent que l'environnement réel démultiplié et confus. Van Keulen hérite du théâtre cette conscience que la mise en scène révèle plutôt qu'elle n'occulte. Le titre « This is a duck » mime la platitude de la définition, alors que l'image en affirme l'irréductible singularité. L'œuvre devient le monument microscopique d'une impression d'enfance : le moment où les choses accèdent à l'existence par notre seul regard.