Acrylique sur toile · 2012 · Bruxelles · 35 x 27 cm
Il s'agit d'une étude sensible sur l'amour, passionné et érotique. D'immenses figures oniriques s'échappent d'un océan qu'on devine infin et sans fond. Le désir y est theatralisé comme un tout, tandos que l'oeil du spectateur est invité à naviguer au milieu de la tectonique des corps. On retrouve une forte dominance de vert et de bleu, couleurs si chères à Raphael van Keulen, qui bannissent toute possibilité de vraisemblance.
L'Océan d'Eros déploie un théâtre de la démesure où les corps émergeant de l'eau ne sont plus des figures individuelles mais des architectures de désir en suspension. Van Keulen construit une mythologie personnelle où le vert phosphorescent des chairs s'affronte au bleu vertigineux de l'océan, abolissant toute logique anatomique pour mieux célébrer l'excès du pulsionnel. Ces silhouettes difformes et monumentales, prismatiques dans leur volumétrie, incarnent une passion libérée de la représentation figée, où chaque geste devient chorégraphie d'une érotique cosmique.
La palette binaire du peintre — vert et bleu — fonctionne comme un bannissement volontaire de la vraisemblance naturaliste. Ces teintes saturées, quasi émanations d'une réalité alternative, créent une tension viscérale entre le chaud étouffé du vert décomposé et le froid cosmique du bleu abyssal. Les touches blanches et ocres qui fragmentent cette dualité agissent comme des cicatrices lumineuses, des points de rupture où l'œil épuisé peut brièvement respirer avant de replonger dans le maelström émotionnel.
Le tableau impose au regardeur une déambulation sans ancrage stable : les proportions déraisonnables des figures, leur dislocation formelle, leur émergence chaotique de l'eau créent une cartographie mentale où le désir devient géographie. L'horizon flottant et la superposition de plans liquides refusent la perspective classique, invitant plutôt à une plongée tactile et émotionnelle. Van Keulen abolit ainsi la distance critique du spectateur, le transformant en nageur parmi les débris sensuels d'un monde englouti.
Fait partie de la série Théâtralités.
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