Acrylique sur toile · 2012 · Bruxelles · 30 x 20 cm
Scène inspirée de la pièce Andromaque de Racine, tragédie en 5 actes. Oreste, dans son aveuglement, a tué Pyrrhus, son roi. Rongé par le remord, il sombre dans la folie. Dans ce tableau, les yeux vitreux du sujet témoignent de la perte totale de raison. La cité qu'il fuit est présentée comme lointaine, en hauteur, et travaillée grossièrement comme si elle n'était déjà plus qu'un souvenir. L'atmosphère désertique et les tons vifs et chauds montrent que l'environnement lui-même ne cherchera pas à offrir un échappatoire au héros déchu. Des ombres menaçante le poursuivent sur Terre et dans les airs, possiblement les Érinyes, preuve qu'Oreste n'a aucun moyen de fuir son destin.
Van Keulen capture l'instant où Oreste bascule définitivement dans l'abîme mental, non par la subtilité mais par l'excès chromatique assumé. Le visage vitreux, aux yeux blancs béants cernés de pourpre et de rouille, devient masque tragique peint à la matière brute—l'acrylique épaisse refuse toute douceur, tout ménagement. Cette frontalité du regard vide confronte le spectateur à l'horreur non pas de la violence commise, mais de son anéantissement psychique. Le théâtre racilien transpire ici en gestes picturaux plutôt qu'en mots : la folie devient viscérale, incarnée dans la peinture elle-même.
La composition stratifie l'univers en trois mondes irréductibles : le sol rougeâtre et terreux où gît la ruine charnelle, le ciel bleu profond qui n'offre aucun refuge, et cette cité lointaine—réduite à un temple or fragile—perçue comme inatteignable et déjà morte. Les silhouettes noires qui fendent l'atmosphère ne sont pas des éléments décoratifs mais des présences persécutrices ; elles dessinent une trajectoire d'enfermement cosmique. L'environnement peint refuse la compassion : chaque couleur devient agression, chaque zone du tableau un obstacle plutôt qu'une échappatoire.
L'esthétique de van Keulen hybride la rigueur tragique du classicisme français avec la violence gestuelle de l'expressionnisme moderne. La couche picturale épaise, les contours mal délimités, les contrastes saturés transforment Oreste en figure d'une intensité brute, loin de l'élégance académique. Cette œuvre de 2012 affirme que la folie racinienne ne peut se transmettre que par la couleur et la matière en rupture—jamais par l'imitation. Le tableau devient le symptôme du personnage, son cri peint.
Fait partie de la série Théâtralités.
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