La Jeune fille et le Corbeau

La Jeune fille et le Corbeau

Acrylique sur toile · 2012 · Bruxelles · 60 x 50 cm

Tableau réalisé autour de l'oeuvre hybride (à la fois pièce de théâtre et installation artistique) "Aemaeth", du même auteur. Mise en abîme intemporelle sur notre perception du moi identitaire dans la société. Propos soulevé par deux personnages étroitement liés : la Jeune fille, femme en devenir, questionne la mort et le mal-être dans un ciel percé d'étoiles et d'air pur. Le Corbeau, homme devenu adulte, questionne le rêve fragile et chétif dans un ciel brumeux, empli de cendres et d'un air étouffant. L'oiseau que chacun accueille dans ses mains est une incarnation fugace de l'autre, définissant chaque point de vue comme une existence à part entière et mise en miroir.

I. LA MISE EN ABÎME DU REGARD

Le tableau installe une dualité visuelle frappante : au-dessus de l'horizon, une jeune femme au vêtement blanc et aux cheveux bleus tend les bras vers un corbeau posé sur sa main, tandis qu'au sol, son reflet s'étire en une silhouette noire, sombre et massive, qui ne lui ressemble plus tout à fait. Cette inversion transforme la surface de neige en miroir troublant, où l'identité se fragmente et se déforme. Raphael van Keulen traduit ainsi la question de la perception de soi, l'image que l'on projette n'étant jamais celle que l'on habite réellement.

II. L'ÉCHANGE AVEC L'AUTRE

Le corbeau, figure à la fois fragile et menaçante, devient le pivot de l'œuvre : il est accueilli, porté, presque offert, comme une incarnation de l'altérité que chacun doit prendre dans ses mains. La posture de la jeune fille, paume ouverte et regard baissé, suggère une attention tendre mais incertaine, comme si la rencontre avec l'autre engageait une part de vulnérabilité. Le double sombre au sol, avec ses pieds lourds et sa stature rigide, semble alors incarner l'autre ou le moi adulte, qui pèse et ancre la figure dans le réel.

III. UN ESPACE ENTRE RÊVE ET CENDRE

La composition oppose un ciel nocturne piqué d'étoiles, profond et presque veloutė, à une étendue blanche saupoudrée de particules sombres, évoquant à la fois la neige, la cendre et la poussière. Cette tension entre l'éclat lointain et la matière qui retombe fait écho à la double trajectoire annoncée par l'artiste : la jeunesse qui interroge la mort dans un air pur, et l'âge adulte qui doute du rêve dans une atmosphère étouffante. La peinture, sobre et frontale, laisse ainsi émerger une méditation silencieuse sur la fragilité de l'existence et la pluralité des regards qui la constituent.

Fait partie de la série Théâtralités.

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